11.8.17

CENT ANS DE PLICATAS

A plusieurs reprises j'ai expliqué ici que les iris plicatas provenaient de l'action d'un gène récessif inhibant le développement des pigments anthocyaniques dans les sépales – surtout – mais aussi dans les pétales. L'intervention, plus ou moins active de ce gène aboutit à l'infini variétés de la coloration des plicatas. Si on y ajoute l'action d'autres gènes, comme celui des amoenas, on multiplie encore la variété des aspects. 

Les hybrideurs ont créé une infinité de variétés plicatas. Nous partirons de 'San Francisco', la première variété ayant reçu la Médaille de Dykes, en 1927, et, à raison de quatre par semaine et par décennie, nous ferons un grand tour dans cette immense famille au cours des cent dernières années.

 X – 2010 

 'Admiral Nelson' (Mego, 2010) 


'Vpiymay Zvira' (Yakovchuk, 2010) 


'Dipped in Dots' (Blyth, 2011) 


'Locomotion' (T. Johnson, 2017)

La semaine prochaine, nouveau feuilleton !

ECHOS DU MONDE DES IRIS

1er Festival  IRIS et PATRIMOINE 

La commune de Champigny-sur-Veude organisera le dimanche 20 Mai 2018 son 1erFestival  IRIS et PATRIMOINE.

La journée se déroulera autour de deux axes :

 1)Découverte du patrimoine campinois

2) l’ Iris :
avec, notamment la découverte du jardin d’iris et de ses 400 variétés identifiées, au Presbytère et le baptême de la variété 'La Grande Mademoiselle'

C'est le premier pas vers la « Cité de l'iris », situation que la ville de Champigny ambitionne d'atteindre rapidement.

LE CANDÉLABRE

La durée de vie d'une fleur d'iris n'excède pas quatre jours, selon la variété et les circonstances météorologiques. Dans la nature cela suffit car il faut que la fleur soit à la fois attrayante pour les insectes pollinisateurs et vierge de toute fécondation. Mais c'est très peu et s'il n'y avait qu'une fleur par tige, l'iris serait une plante tout à fait inintéressante d'un point de vue horticole. Heureusement la nature a pourvu à tout : chaque tige porte plusieurs fleurs qui se succèdent sur une durée plus ou moins longue. Pour faciliter cette floraison, de chaque côté de la hampe, des tiges latérales se développent. Elles s'écartent de la tige principale selon un angle d'environ 45°. Sur les iris anciens ces tiges latérales, au nombre de deux en général, compte tenu de leur inclinaison, obligent les fleurs qu'elles portent à rester penchées, ce qui nuit à l'esthétique de la plante. Pour un iris botanique, cela n'a guère d'importance, du moment que cela ne contrevient pas au rôle de la fleur, à savoir contribuer à la reproduction de l'espèce. Mais pour le jardinier qui cultive ces iris pour l'ornementation, c'est insatisfaisant. Les horticulteurs ont donc sélectionné les plantes qui avaient la bonne idée de faire en sorte que les fleurs latérales conservent un plan horizontal. De génération en génération ils ont retenu les variétés qui, sur ce point, offraient le meilleur aspect et c'est ainsi que les amateurs-collectionneurs d'iris ont défini des règles qui sont répertoriées dans les manuels destinés aux juges et s'appliquent dans les compétitions d'iris.

On rencontre aujourd'hui deux présentations possibles :

 - La tige principale reste rectiligne, les tiges latérales s'écartent largement et se redressent à leur extrémité pour que les boutons floraux soient à l'aise pour s'épanouir et puissent conserver leur horizontalité ;
 - A chaque implantation d'une tige latérale la tige principale s'incline elle-même d'environ 40 à 45° de manière à laisser la position verticale à la tige latérale ; elle change d'inclinaison à la jonction avec la tige latérale suivante, etc.

La première situation n'est pas très esthétique : l'iris a un air dégingandé et maigrichon. La seconde est bien préférable car le balancement alterné de la tige lui confère un bel équilibre et l'étalement des fleurs est harmonieux. C'est la disposition en candélabre ou en grappe composée qui est la mieux notée dans les concours. Pourtant les débutants en hybridation se laissent souvent séduire par la première disposition qui leur paraît plus naturelle et plus séduisante au premier abord. De fait la tige toute droite fait penser à une plante plus vigoureuse et mieux portante qu'une autre ayant des tiges florales tordues... Mais lorsque les fleurs sont ouvertes, on est obligé de convenir que la deuxième solution est la meilleure. C'est un point très­ important et dans un concours d'iris l'ensemble des items concernant les hampes florales compte pour 30 points sur 100 : un tiers de la note, autant que la fleur proprement dite !

Mais il faut aussi que les tiges latérales, qui de nos jours sont fréquemment au nombre de trois, soient régulièrement réparties le long de la hampe. Cette répartition équilibrée est même plus importante que le nombre même de tiges. Explications :

 - une tige latérale qui démarre très bas sur la hampe, voire au niveau du rhizome, portera des fleurs qui ne s'élèveront pas au milieu du feuillage et resteront soit inaperçues soit mal développées à cause de leur environnement peu favorable (ombre, humidité...) ;
 - des tiges regroupées vers le sommet de la hampe, en corymbe, quelle que soit leur nombre et leur longueur, porteront des fleurs qui seront gênées par celles du niveau supérieur, elles auront du mal à s'étaler et leur épanouissement sera médiocre ; de plus, toute la floraison ainsi rassemblée au sommet de la tige aura un effet massif et inélégant, sans parler du risque de verse de la tige sous l'effet du poids excessif placé à son extrémité, notamment sous la pluie.

Autre caractère dont il faut tenir compte, la longueur des tiges latérales : trop longues elles seront fragiles et cassantes sous le poids de leurs fleurs, et elle donneront à l'iris une apparence grêle assez déplaisante ; trop courtes, les fleurs seront tassées contre la tige principale et s'épanouiront mal, l'iris paraîtra mastoc et lourd, un peu comme sur une jacinthe.

Le nombre des boutons floraux est très important, mais il faut également prendre en compte la possibilité qui leur est laissée de s'épanouir pleinement, quand la fleur voisine sera sur la fin de son cycle, pour que le nouveau bouton soit libre de se développer à son aise. Il faut aussi que tous ne veuillent pas s'ouvrir en même temps, parce qu'à quoi servirait de compter une dizaine de boutons s'ils s'ouvraient tous au même moment ? Des boutons nombreux n'ont d'intérêt que s'ils contribuent à allonger la période de floraison.

Porter une attention minutieuse à la tige d'une nouvelle variété avant de terminer la sélection est un élément particulièrement important, non seulement pour l'élégance de la plante (et son éventuel succès commercial), mais aussi pour l'intérêt qu'elle peut présenter sur un plan seulement horticole. Avis aux jeunes obtenteurs !

Iconographie : 

'Quistinic' : un iris un peu trop maigre en raison de tiges latérales trop espacées ; 


'Wizard of Odds' : une variété dont les tiges latérales, situées trop près de l'extrémité de la hampe principale, font que les nombreuses fleurs se gênent ; 


'Montmartre' : une variété superbe mais dont les tiges latérales manquent un peu de longueur. 


Une hampe d'iris particulièrement remarquable.

4.8.17

LA FLEUR DU MOIS

 ‘TUXEDO’ 

(Schreiners, 1964) 

(Licorice Stick X O-332-1. ) 

Encore une variété ancienne qui a fait les beaux jours de ma propre collection. Une variété qui, malgré son âge, fait toujours son effet sur les visiteurs. Bien sûr quand on est expérimenté on lui trouve des traits qui ont vieilli, mais pour le commun des mortels ce n'est pas souvent la forme des fleurs qui intéresse, mais plutôt la couleur et la taille. Et dans le cas présent ils sont gâtés ! Car 'Tuxedo' est un iris superbe. Sa couleur d'un bleu-nuit profond, proche du noir, son port noble, sa haute taille et la solidité de ses tiges démontre qu'il s'agit d'une grande variété. C'est en général le cas des produits de la Maison Schreiner et celui-ci est bien dans la tradition.

Il est décrit concisément comme « Deep midnight blue-black self; self beard », autrement dit « Unicolore bleu nuit profond, tirant sur le noir ; barbe assortie ». C'est parfaitement exact. Le croisement dont il est issu, qui associe des variétés exemplaires dans la recherche de l'iris noir, est une parfaite illustration de ce que peut donner l'endogamie sur plusieurs générations. Il faudrait avoir accès aux documents de la famille Schreiner pour savoir ce qui se cache derrière le numéro de semis O-332-1, mais on connaît bien 'Licorice Stick' (Schreiner, 1960) qui a figuré dans plusieurs catalogues des années 70/80, en France. La description officielle en fait un « Deep blue-black-violet self » ou « Unicolore bleu-noir violacé ». On ne trouve que des variétés bleu-noir dans son pedigree, en particulier 'Black Belle' (Stevens, 1951), variété largement utilisée par les Schreiner, et 'Storm Warning' (Schreiner, 1952), descendant direct de 'Black Forest', père fondateur de la grande famille des iris noirs.

'Tuxedo' n'a pas manqué d'intéresser les hybrideurs partis sur le chemin des iris noirs. Les Schreiner, principalement, mais aussi Jim Hedgecock.

Chez les premiers, la liste des descendants est longue (que ce soit celle de 'Tuxedo' même, ou celle d'un de ses frères de semis) ; elle comprend des variétés fort connues comme 'Swazi Princess' (1978), lui-même parent d'une trentaine de variétés noires remarquables comme 'Mandy G' (Manfred Beer, 1991) ou 'Anvil of Darkness' (Innerst, 1998). Chez le second, dans la grande série des variétés portant des noms faisant référence aux populations indiennes d'Amérique, il y a 'Cowboy in Black' (2004), sombrement coloré et enrichi de fins éperons noirs.

Tout cela constitue une belle famille dont le chef, 'Tuxedo', est toujours le digne patriarche.

'Iconographie' : 


'Tuxedo'


'Licorice Stick' 


'Storm Warning' 


'Swazi Princess' 


'Cowboy in Black'

CENT ANS DE PLICATAS

A plusieurs reprises j'ai expliqué ici que les iris plicatas provenaient de l'action d'un gène récessif inhibant le développement des pigments anthocyaniques dans les sépales – surtout – mais aussi dans les pétales. L'intervention, plus ou moins active de ce gène aboutit à l'infini variétés de la coloration des plicatas. Si on y ajoute l'action d'autres gènes, comme celui des amoenas, on multiplie encore la variété des aspects. 

Les hybrideurs ont créé une infinité de variétés plicatas. Nous partirons de 'San Francisco', la première variété ayant reçu la Médaille de Dykes, en 1927, et, à raison de quatre par semaine et par décennie, nous ferons un grand tour dans cette immense famille au cours des cent dernières années. 

 IX – 2000 

 'Coup de Théâtre' (Ransom, 2000) 


'Fancy Friends' (Christopherson, 2000) 


'Igra V Biser' (Loktev, 2000) 


'Candy Club' (L. Painter, 2005)

CHER DISPARU : I. BURIENSIS

Dans le bulletin « Roots », organe de la « Historic Preservation iris Society » (HIPS), il y a très souvent des articles intéressants. Cette fois il s'agit d'une véritable découverte qui éclaircit ce qui étaitpour moi une énigme agaçante. A quoi ressemblait le fameux I. buriensis, celui que l'on considère comme le premier iris hybride sélectionné et cultivé ? Par diverses sources on savait qu'il s'agissait d'un iris plicata bleu. Mais encore ? Le texte découvert par l'auteur de l'article auquel je fais référence, John R. Finney, fournit une description précise, établie par une personnalité indiscutable de l'époque, Henri Antoine Jacques, jardinier du roi Louis-Philippe en son château de Neuilly et lui-même obtenteur d'iris (voir le célèbre 'Jacquesania' de 1840).

 C'est dans la Revue horticole du 19eme siècle « Annales de Flore et de Pomone » volume 2 (1833-1834) pages 285 et 286 que le texte a été publié. Le voici :

« Iris de Bure, Iris Buriensis. 

Ce nom est celui de l'amateur qui l'a obtenue (1) ; je l'ai vue, envoyée au Jardin des Plantes sous la même dénomination par notre collègue M. Lémon. Je l'ai obtenue il y a six ou sept ans de M. Blondel, pharmacien en chef des Invalides, qui lui-même la tenait de son auteur il y avait déjà plusieurs années. Ayant eu l'avantage de voir ce dernier il y a quelques temps, il m'a affirmé qu'il y a plus de vingt ans qu'il l'avait obtenue d'un semis de l'iris plicata ; et en effet c'est de cette plante dont elle se rapproche le plus, mais elle est infiniment plus belle, et c'est la plus jolie que je connaisse dans ce nombreux genre. 

Feuillage vigoureux de 18 à 20 pouces de haut (2), d'un vert glauque ; hampe rameuse au sommet, s'élevant de 30 à 36 pouces (3) ; fleurs grandes ; les trois pétales extérieurs renversés en bas, d'un beau blanc et seulement bordés de stries pourpre-violet sur les bords ; barbe blanche à sommet jaune ; pétales intérieurs redressés et rapprochés d'un beau blanc et aussi bordés de stries comme les extérieurs mais seulement mieux marqués ; stigmates larges, pourprés, fendus au sommet et dentés sur les bords ; odeur douce et très agréable : fleurit en mai.Cette plante, aussi rustique que la plupart de ses congénères, n'est pas délicate sur le choix du terrain, et se multiplie facilement par la séparation de ses touffes. »

On ne peut pas trouver description plus précise : bien des hybrideurs d'aujourd'hui devraient en prendre de la graine ! On voit qu'il s'agit d'un plicata léger, largement dominé par la couleur blanche qui intéresse aussi bien les sépales (baptisés ici « pétales extérieurs ») que les pétales (« pétales intérieurs »), avec seulement des dessins plus marqués sur les pétales. Il est à présent facile de se faire une idée de l'apparence de l'iris buriensis. C'est ce qu'a fait l'auteur de l'article qui écrit : « Quand j'ai visualisé Iris de Bure tel que M. Jacques l'a décrit, j'ai réalisé qu'il devait beaucoup ressembler à l'iris historique 'True Delight' (Sturtevant, 1924). » Pour mon compte j'y vois aussi l'excellent 'Stitched Right' (Mark Rogers, 1976)) à moins que ce ne soit le joli BB 'Step by Step' (Mark Rogers, 1971).

 Le reste de l'article est essentiellement consacré à raconter les difficultés rencontrées par l'auteur pour obtenir une traduction convenable de la description de M. Jacques. Le français n'est pas toujours la tasse de thé des irisariens américains...

 Pour moi, ce que dit Jacques remet en question la date d'obtention de I. buriensis. Jusqu'à présent les bons auteurs disaient que cette variété devait dater des années 1830. Mais Jacques parle d'une date qui se situe plutôt dans les années 1810 ! Nos chers iris fêtent donc actuellement leur deux centième anniversaire.

Iris buriensis serait disparu. On ignore à quel moment cette variété, apparemment facile à cultiver et fort répandue dans les débuts du 19eme siècle, a cessé d'être précisément identifiée. Aurait-elle été victime du sac du château de Neuilly, en 1848, et de la destruction du jardin y attenant où officiait Henri Jacques ? Il est plus plausible que, comme beaucoup d'autres, elle ait fini par être si commune que le nom qui lui avait été attribué est devenu un nom commun, lui-même oublié au fil des ans et des transplantations. Il est très vraisemblable que I. buriensis existe toujours, mais il s'est en quelque sorte naturalisé : curieux phénomène qui rend ordinaire un nom propre tellement fréquent, jusqu'à en faire un vulgaire nom commun. I. buriensis est devenu tellement ordinaire qu'il n'a plus eu besoin d'un véritable nom pour être identifié !

Quoi qu'il en soit, il faut dire un grand merci à John Finney dont la trouvaille a fourni un portrait parfait d'une variété mythique et fait reculer de vingt ans l'origine estimée des iris de jardin.

Iconographie : 



 'True Delight' 


'Step by Step' 


'Stitched Right' 

(1) Iris est au féminin dans les textes anciens, tout comme en latin.

(2) Soit environ 40 cm

(3) Soit environ 85/90 cm.