20.1.17

LES TROPHÉES

Emprunter le titre de ce feuilleton à José-Maria de Hérédia me paraît tout à fait adapté pour mettre en valeur les variétés d'iris considérées comme les meilleures de ces vingt dernières années. Ce sont des iris qui méritent bien les trophées qu'ils ont remportés. Nous en verrons quatre par semaine. 

 III – 1999 


Médaille de Dykes = 'Hello Darkness' (Schreiner, 1992) 


Fiorino d'Oro = 'Settimo Cielo' (V. Romoli, 1999) 


Cook-Douglas Medal (SDB) = 'Pele' (Aitken, 1993) 


Wister Medal (TB) = 'Rhonda Fleming' (Mullin, 1992)

À LA MANIÈRE DE... MATHIAS ÉNARD (« BOUSSOLE »)

… C'est comme à Baden-Baden quand je suis allé y passer les fêtes de fin d'année chez mon oncle Pierre, du temps qu'il y était en fonction ; pour le soir de la St Sylvestre il avait pris des places pour le concert donné au Kurhaus par l'orchestre du Südwestfunk que dirigeait Michael Gielen, lequel, pour la circonstance, avait préparé un programme dit « léger » qui se composait de la marche et des fragments turcs d'Ippolitov-Ivanov, de Shéhérazade de Rimsky-Korsakov et de l'ouverture et la marche turque des Ruines d'Athènes de Beethoven, un programme très oriental, donc. C'était la première fois que j'allais assister à un concert symphonique et rien qu'à cette idée j'étais dans un état d'excitation considérable car ma mère m'avait souvent décrit les concerts qu'elle avait fréquentés dans sa jeunesse, immédiatement après la guerre, au temps où elle était étudiante à la Sorbonne, et j'en avais retenu l'image de quelque chose de grandiose, à la fois solennel et enthousiasmant, réservé à des privilégiés friands à la fois de musique et de mondanités, fréquemment elle fredonnait un thème de symphonie ou de concerto que je trouvais magnifique. Le brouhaha qui emplissait la salle au moment où nous sommes entrés, les costumes sombres des hommes, les robes élégantes et les bijoux scintillants des dames, l'odeur qui se répandait, mélange de tabac et de parfum chic, tout contribuait à m'intimider et à me rendre fébrile, ce fut bien plus intense quand les musiciens firent leur apparition sous les applaudissements du public, bientôt suivis par la haute silhouette du chef, impeccable en habit noir, chemise immaculée et nœud papillon blanc. J'avais quatorze ans ; dès les premières mesures j'étais tellement transporté que je retenais mon souffle comme si ce qui pénétrait en moi par les oreilles allait se substituer à l'air dans mes poumons. Mon oncle, lui-même excellent flûtiste amateur, écoutait avec un air grave que je ne lui connaissais pas ; j'avais l'impression de participer à quelque cérémonie majestueuse et enivrante, et à la fin de l’œuvre d'Ippolitov-Ivanov, pourtant bien mièvre quand j'y pense aujourd'hui, j'avais le cœur battant et les yeux mouillés. L'effet de Shéhérazade fut encore plus violent, les interventions du violon solo, toutes de grâce et de sentiment, m'émouvait au plus au point, je crois que c'est à ce moment que j'ai inconsciemment décidé que ma vie serait consacrée à la musique, et c'est aussi, peut-être, à ce moment qu'est née mon attirance pour l'Orient. A moins que cela ne soit dû à Sarah, dont j'allais faire le connaissance quelques années plus tard, et à l'art avec lequel elle parlait de l'Iran et des poètes et philosophes persans : Hafez, le poète de Chiraz, ou Sadegh Hedayat, le premier romancier iranien...

 C'est aussi à Sarah que je dois l'autre thème de ma symphonie personnelle, celui qui étonne tellement ceux qui en apprennent l'existence. J'étais venu en Touraine passer quelques jours, au début de mai, chez Grand Mère et je m'ennuyais un peu dans la grande maison rurale, isolée, à Saint Benoît la Forêt, à l'orée de la forêt de Chinon, quand je reçus ce SMS sibyllin où Sarah me demandait de venir la rejoindre à Bordeaux sans tarder. Deux jours plus tard, pas fâché, en fin de compte, de m'éloigner un peu de ma retraite chinonaise, je la retrouvais en gare de Bordeaux St Jean où elle m'attendait ; elle portait un jean très étroit et un pull blanc sur lequel se déployait sa magnifique chevelure rousse, mais se sont ses yeux bleu profond et son étrange sourire qui, de nouveau, faisaient chavirer mon cœur. « Ne me demande pas pourquoi je t'ai fait venir, me dit-elle, j'ai loué une voiture et je t'emmène vers quelque chose qui va te plaire. » Et c'est ainsi qu'à peine descendu du train je me suis retrouvé sur l'autoroute en direction de Toulouse, extrêmement intrigué, mais incapable de poser la moindre question tant ma conductrice paraissait enthousiaste et bavarde. Nous nous sommes arrêtés pour déjeuner dans banal restaurant d'autoroute où nous sommes restés le moins de temps possible, puis, en début d'après-midi, à partir d'Agen, nous avons rejoint le réseau régional. C'est à ce moment qu'elle consentit enfin à m'expliquer ce qui nous amenait dans cette paisible campagne.

Sarah (toujours enthousiaste) :
 « Tu vas faire la connaissance des iris, car je suis sûre que tu ignores tout de cette plante.
Moi (plus que surpris) :
Des iris ? Il y en a chez ma grand-mère. Pourquoi venir jusqu'ici ?
 Sarah : Parce que ceux que tu vas voir vont changer l'opinion que tu peux avoir sur cette plante. Sais-tu que l'iris est en grande partie originaire d'Orient ? Les iris modernes ont une double origine : dalmate et turque. En Dalmatie, une première souche, celle des petits iris bleus, si parfumés ; en Turquie, en Anatolie exactement, une autre souche, plus grande et plus spectaculaire. Au début du XXe siècle des horticulteurs anglais et français ont eu l'idée de mélanger ces deux origines et ils ont obtenu des iris qui réunissaient les qualités des deux espèces de base. Comme tu vois, l'iris actuel est consubstantiel de l'Orient. Tu ne peux pas parler de ces régions et de l'influence qu'elles ont toujours eu sur les européens sans faire le parallèle avec l'union des iris d'Occident et des iris d'Orient. Des passionnés ont développé cette plante interspécifique et tu vas voir ce qu'ils sont parvenus à faire ! »


J'étais dubitatif sur l'intérêt que je pouvais trouver à cette question, mais j'étais en même temps curieux de ce que Sarah allait me présenter. Au détour d'une petite route départementale, au pied d'une douce colline, nous sommes arrivés devant une forte demeure près de laquelle un homme en tenue de paysan se tenait accroupi, retirant méticuleusement quelques herbes. Notre arrivée n'a pas eu l'air de lui faire plaisir mais la bonne humeur de Sarah a néanmoins réussi à lui arracher l'amorce d'un sourire. Elle fit les présentations : « Voici M. Ransom, me dit-elle, M. Ransom voici mon ami Frantz, que j'ai fait venir de Vienne en Autriche pour qu'il découvre votre travail. » « Je n'ai pas beaucoup de temps à vous consacrer,répondit le personnage bourru qui se tenait devant nous, mais vous pouvez circuler seuls dans le jardin ! Je viendrai vous saluer quand vous serez prêts à repartir ! », et il nous planta là, sans autre manifestation d'intérêt pour notre présence. Sérieuse comme un guide professionnel, Sarah entreprit donc de me faire parcourir les plantations d'iris de ce monsieur si peu attiré par ses visiteurs. Nous avons fait l'ascension du coteau et découvert des milliers d'iris alignés comme des militaires à la parade. C'est l'incroyable variété des coloris qui a d'abord retenu mon attention et j'ai ressenti aussitôt ce point dur dans ma poitrine qui caractérise mes plus fortes émotions. Sarah, tout en circulant entre les touffes en fleur, m'expliquait avec son incroyable bagout pédagogique comment et dans quel but ces plantes imposantes avaient été créées ; elle insistait sur le fait qu'une fois obtenus et sélectionnés les nouveaux iris commençaient une existence qui pouvait ne pas avoir de fin. « Fabriquer une plante nouvelle, disait-elle, c'est exercer une prérogative divine, celle de créer quelque chose d'éternel ; Si rien d'extérieur et lié à la destinée des choses ne vient interrompre brutalement la vie de cette plante, elle continuera d'exister jusqu'à la fin des temps ! Tu te rends compte de la responsabilité d 'un créateur d'iris ! Et quand on dispose de cette palette infinie, on pense aux innombrables combinaisons qui peuvent en résulter et on ne peut même pas imaginer l'immensité du domaine dans lequel on pénètre. Tout cela, un homme le tient entre ses doigts ; avec quelques connaissances en génétique, beaucoup de goût et autant de chance, il compose, un peu comme un musicien avec les sons et les rythmes, une œuvre qui sera là pour toujours ! » C'est ce parallèle entre le compositeur et l'hybrideur qui, je crois, a emporté mon propre enthousiasme, et savoir en plus que ce nouveau monde auquel j'accédais brusquement était le fruit d'une alliance entre l'Orient et l'Occident ajoutait à l'addiction vers laquelle je me sentais entraîné. C'est ainsi que de musicologue orientaliste je suis devenu, en quelques heures, un iridophile convaincu...

14.1.17

LES TROPHÉES

Emprunter le titre de ce feuilleton à José-Maria de Hérédia me paraît tout à fait adapté pour mettre en valeur les variétés d'iris considérées comme les meilleures de ces vingt dernières années. Ce sont des iris qui méritent bien les trophées qu'ils ont remportés. 
Nous en verrons quatre par semaine. 

II – 1998 


 Médaille de Dykes = 'Conjuration' (Byers, 1988)

Fiorino d'Oro = 'Helen Dawn' (Grosvenor, 1998)

DeBaillon Medal (LA) = 'Bayou Mystique' (Mary Dunn, 1988)

Whalter Cup (HM+) = 'Protocol' (IB, Keppel, 1994)

ELVAN RODERICK

Le fleuriste du Missouri 

Au début des années 1970 Georgia Hinkle cherchait quelqu'un pour lui succéder et continuer son travail. Elle l'a trouvé en la personne de Elvan Roderick, celui que ses amis appelaient familièrement « Al » ou « Rod ». En croisant 'Tempo' (Hinkle, 1967) et 'Favorite Topic' (H. Schmelzer, 1965) a pu obtenir ses trois premières variétés : 'Moody Blue' (1972), 'Cherished Memory' (1972) et 'Ruffled Ballet' (1973), toutes les trois étant des amoenas bleus.

 Elvan Roderick est né dans le Missouri en 1930. Il est devenu très jeune amoureux des iris, à la suite d'une amusante anecdote. Un jour qu'à l'âge de 14 ans il se rendait en vélo à la piscine, il eut le malheur de crever et s'apprêtait à poursuivre sa route en poussant sa bicyclette quand il aperçut dans le jardin d'une vieille maison abandonnée une grosse touffe d'iris en fleurs, particulièrement odorante. Deux ans plus tard, avec l'argent de la vente d'un panier d'oeufs, il s'acheta ses premiers iris, une occasion pas trop coûteuse qui devait avoir une influence déterminante sur son avenir.

 A la fin de ses études, il s'engagea dans la Marine et passa un certain temps à naviguer sur la Côte Ouest et jusqu'aux Îles Hawaï. Après quoi il revint dans son Missouri natal où il se maria et fut embauché chez un fleuriste où il passa un bon nombre d'années avant d'ouvrir, en 1963, sa propre boutique de fleurs.

A cette époque, il avait déjà réalisé quelques hybridations, mais il avait du renoncer à poursuivre cette activité, faute de temps. Mais il était toujours intéressé par la question et à la première occasion il revint à cette passion. C'était en 1970. Avec les encouragements de deux éminentes hybrideuses, Dorothy Palmer et Georgia Hinkle, il se mit à cultiver quelques semis, toujours trop occupé pour se donner à fond. Ce n'est qu'en 1972 qu'il enregistra ses premiers iris. D'année en année il enrichit son catalogue, mais néanmoins celui-ci reste modeste puisqu'il ne comporte que trente-cinq noms. Cependant ce n'est pas à la quantité que l'on reconnaît un grand hybrideur. Elvan Roderick, en si peu de variétés, a réussi à obtenir une Franklin-Cook Cup en 1982 et une Médaille de Dykes pour 'Ruffled Ballet' en 1983 et une President's Cup, en 1981 pour 'Copper Classic' ! On connaît des tas de gens qui n'ont jamais été autant honoré malgré une carrière richement remplie.

Elvan Roderick fut – et reste peut-être – un hybrideur fort connu en France car ses variétés y ont été largement commercialisées.

Iconographie : 

'Cherished Memory' 


'Copper Classic' 


'Alice Goodman' 


'Erleen Richeson'

CARL SALBACH

L'obtenteur de 'Lady Mohr'

Carl Salbach n'a jamais reçu la Médaille de Dykes, même si beaucoup pensent que 'Lady Mohr' l'aurait méritée, pourtant ce ne sont pas les distinctions de tous genres qui lui ont manqué, tant dans le domaine des iris, où il a excellé, que dans celui des glaïeuls, qui furent ses premières amours. Son iris 'Radiant' a même fait la couverture du magazine « Time », mais sa plus belle récompense est sans doute la Foster Memorial Plaque qui lui a été décernée en 1948.

C'était un fils de paysans, né près de la ville de Stockton, dans la grande vallée centrale de Californie. C'était quelqu'un de strict et de sévère dans ses opinions, mais qui cachait sous ces dehors rigoureux un cœur généreux et charitable. Il aimait les gens, et les gens l'aimait.

Très tôt il s'est intéressé à l'horticulture, mais son premier métier a été celui de marchand de machines à écrire ! Cependant il n'a jamais perdu les plantes de vue et a commencé par se faire un nom dans la culture des glaïeuls et des dahlias. Cependant à partir de 1922 il s'est plus profondément impliqué dans celle des iris. Il était méticuleux et croyait en les vertus d'une hybridation programmée.C'est ainsi que désireux d'exploiter les possibilités offertes par l'arilbred 'Capitola' (Reinelt, 1940), il a effectué un grand nombre de croisements, à la recherche d'une couleur nouvelle et originale. Et ses efforts ont été récompensés, notamment par le célèbre 'Lady Mohr' (AB, 1943), une variété qui se trouve à l'origine de la plupart des iris à barbes sombres.

Parallèlement il s'était attiré la réputation d'une personne sérieuse et d'un pépiniériste sur qui on pouvait compter. Plusieurs de ses collègues hybrideurs lui ont donc confié la distribution de leur production. C'est le cas de George Brehm, Edouard Essig, Stafford Jory, Clara Rees ou Franck Reinelt. Sydney Mitchell lui-même, lorsqu'il prit la décision de cesser de commercialiser personnellement ses iris et ceux de son ami William Mohr, céda son exploitation à Carl Salbach. Pour celui-ci c'était une affaire juteuse car les variétés de Mitchell et Mohr avaient une formidable réputation et se vendaient à prix d'or (50 dollars pour une nouveauté !). Par ricochet elles servaient de locomotive pour toutes les autres variétés au catalogue.

Ce n'est qu'en 1933 qu'il mit en vente ses propres obtentions. Les trois premières se nomment 'Gold Cup', un variegata qui ne fut jamais enregistré, 'Tioga' (1931), un iris bleu indigo, 'Yellow Pearl' (1931) qu'on peut qualifier de plicata jaune. Puis vinrent de nombreux autres iris dont 'Eleanor Blue', 1933, 'Radiant' (1936), 'Lighthouse' (1936), 'Monadnock' (1937) …

C'est lui qui mit en vente l'immense 'Snow Flurry' (Rees, 1939). En compagnie de son 'Deep Velvet' (1939), il tenta de créer le système de la marque déposée (avec les droits d'utilisation qui vont avec) comme cela se pratique avec de nombreuses plantes hybrides (rosiers, glaïeuls …) Pour plusieurs raisons, notamment parce que les contrôles étaient difficiles, il renonça à son projet. C'est sans doute pourquoi la multiplication des variétés d'iris est restée libre jusqu'à nos jours.

Les affaires de Carl Salbach ne cessant pas de prospérer, mais lui-même prenant de l'âge, il fut peu à peu contraint de limiter son activité, surtout après la mort accidentelle en 1939 de son fils unique Edward qui devait lui succéder. En 1945, donc, il cessa le commerce des dahlias, et en 1950 celui des glaïeuls. Mais il continua d'hybrider les iris jusqu'en 1952. Son dernier enregistrement s'appelle 'Gold Dust'. C'est un plicata parfait, avec des pétales crémeux, plus dorés au cœur, marqués de rose violacé et des sépales également blanc crème cernés d'un plumetis violet fumé. Il faisait partie de ses trois favoris, les deux autres étant 'Lady Mohr', bien sûr, et 'Oriental Glory', (1952), bitone rouge acajou avec un spot bleu au centre des sépales.

Aujourd'hui la pépinière de Carl Salbach, au cœur de la ville de Berkeley, a été absorbée par l'extension de l'urbanisation. C'est un peu le même sort que celui de la propriété Cayeux au Petit Vitry, aux portes de Paris. Il faut maintenant s'éloigner des villes pour disposer de suffisamment de place pour maintenir une pépinière...

Iconographie : 

'Deep Velvet' 

'Lighthouse' 

'Oriental Glory' 

'Miss California' 

'Radiant'

7.1.17

LES TROPHÉES

Avec l'année nouvelle, voici un nouveau feuilleton. 

 Emprunter le titre de ce feuilleton à José-Maria de Hérédia me paraît tout à fait adapté pour mettre en valeur les variétés d'iris considérées comme les meilleures de ces vingt dernières années. Ce sont des iris qui méritent bien les trophées qu'ils ont remportés. Nous en verrons quatre par semaine. 

I – 1997 

 Médaille de Dykes = 'Thornbird' (Byers, 1989) 

Fiorino d'Oro = 'Champagne Waltz' (Schreiner, 1994)

Wister Medal (TB) = 'Acoma' (Magee, 1987) 

Sass Medal (IB) = 'Hot Spice' (Aitken, 1989)

LA FLEUR DU MOIS

'Flair' ( Joseph Gatty, 1975) 

'Pacific' X ('Brave Viking' x 'Winter Olympics') 

 Ma collection d'iris a subi quatre transplantations. Créée à partir de 1981, elle a été une première fois délocalisée en 1985 et transférée de Limoges vers une propriété tourangelle tout près de l'embouchure de la Vienne dans la Loire, rive gauche. En 1989 elle a traversé la Vienne et gagné un nouvel emplacement, plus vaste, sur la rive droite cette fois. En 1994, compte tenu du vieillissement des touffes, il a fallu exécuter un nouveau transfert, dans une autre partie du même terrain. Enfin en 2002 un nouveau remaniement a eu lieu. De petites retouches ont été réalisées par la suite mais elle n'a plus connu de lourd déplacement avant son exil, en 2015, vers sa résidence actuelle dans le jardin du presbytère de Champigny sur Veude. Chaque déplantation/replantation a donné lieu à quelques pertes inévitables en de telles circonstances. C'est ce qui est arrivé à 'Flair'. Acquis en 1984, je crois, il n'a fleuri qu'une fois à son premier emplacement où il s'était parfaitement implanté. Là où je l'avais mis en 85, il se plaisait beaucoup moins et, même si sa floraison était fidèle, sa multiplication est restée faible si bien que j'ai eu du mal à trouver trois rhizomes présentables lors du transfert de 94 ! Ce fut peine perdue : il n'a pas réapparu au printemps 95...

C'est bien dommage car il s'agit d'une variété qui me plaisait beaucoup. Comme la plupart des iris de Gatty elle avait cette grâce délicate si représentative de la nature fragile de son obtenteur. Elle est décrite comme atteignant une taille un peu au-dessus de la moyenne (98cm), mais chez moi elle restait plus discrète, autour de 75/80cm. Dans ces conditions elle aurait pu passer inaperçue, perdue au milieu de nombreuses hampes vigoureuses, mais il n'en était rien car sa délicieuse couleur la mettait en évidence. La photo prise par mon presque voisin Gérard Raffaelli lui rend parfaitement justice.

Le croisement dont elle est issue fait appel à 'Pacifica' (Jeannette Nelson, 1967), dont je n'ai pas trouvé de photo, provenant en droite ligne du fameux 'Snow Flurry' (Rees, 1939) et des bleus 'Chivalry' (Wills, 1943) et 'Rehobeth' (DeForest, 1953) . Ce 'Pacifica' a été associé à un croisement de deux iris plus modernes, le bleu ciel 'Brave Viking' (Hinkle, 1961) et le blanc pur 'Winter Olympics' (O. Brown, 1961) – un iris qui a remporté toutes les distinctions possibles- . Avec de tels parents on ne pouvait obtenir qu'un semis blanc ou bleu ; celui qui nous intéresse est décrit comme : « pétales blanc bleuté ombré de bleu glycine à la base et sur les côtes ; sépales blanc glacier avec une touche de bleu glycine à la gorge ; barbes blanches pointées de jaune clair. » Un coloris frais et de bon goût pour un iris qui ne pouvait guère être autre chose qu'une réussite, avec au moins quatre vainqueurs de la Dykes Medal dans ses ancêtres.

Les descendants de ce joli iris bleu ne sont pas nombreux. J'en ai compté dix dont plusieurs n'ont jamais été commercialisés (ce sont l'oeuvre d'amateurs).Ce sont tous des iris bleu pâle, avec, chez plusieurs, une nette tendance à l'inversion des couleurs, en quelque sorte des amorces d'amoenas inversés. C'est le cas de 'Trident' (R. Dunn, 1982) et de 'Spécial Mozart' (P. Anfosso, 1991). Ce dernier représente quelque chose pour moi puisqu'il se trouve à la troisième génération, via 'Iriade' (Laporte, 2004), derrière 'Zone d'Ombre' (Ruaud, 2012), un amoena inversé bien réussi qui mériterait de s'éloigner un peu de mon propre jardin. Qu'on me pardonne cette poussée de vanité !

Il existe aujourd'hui de nombreuses variétés où l'on retrouve à peu près les couleurs délicieuses de 'Flair',mais les fleurs contemporaines n'ont pas cette légèreté qui contribue tellement à son charme. Les possesseurs de cet iris de premier choix ont bien de la chance. Ils devraient, selon moi, en prendre particulièrement soin de manière à le conserver comme un vrai trésor.

Iconographie : 


'Flair' 


'Brave Viking' 


'Winter Olympics' 


'Rehobeth' 


'Zone d'Ombre'

AU NOIR PAR LES ROUGES

Aller au noir en passant par les rouges, tel est le raisonnement que s'est tenu Gordon Plough, dans les années 1950. Il y a en effet deux moyens, au moins, pour obtenir des iris noirs : la voie qui passe par le violet, et celle qui fait intervenir le « rouge ». La première consiste à accroître la concentration des pigments jusqu'à obtenir une couleur très sombre, pratiquement noire. C'est le chemin le plus fréquemment emprunté. Mais Gordon Plough a tenté une autre expérience. Il a cherché non pas la concentration des pigments anthocyaniques violets, mais celle de leurs cousins pourpres ajoutés à une base brun-rouge.

 La tentative qui a donné le meilleur résultat est le croisement entre 'Great Day' (Tompkins, 1953) et 'Sable Night' (P. Cook, 1950). Le premier est décrit par son obtenteur comme un iris orange, mais les photos les plus fiables, notamment celle présentée par la HIPS (Société pour la Préservation des Iris Historiques) pour Iris Encyclopedia, montrent une variété brun-rouge, qui serait plus en adéquation avec le sujet de la recherche entreprise par Plough. Le second est un iris « noir » très connu et très apprécié, titulaire de la Dykes Medal de 1955. Le résultat s'appelle 'Edenite'(1958), et il a du combler son obtenteur tant il est proche du but à atteindre.

A noter qu'une recherche similaire, entreprise par Luzon Crossby – une amie de Melba Hamblen- , à partir de 'Solid Mahogany' (J. Sass, 1943), a débouché sur un résultat équivalent : 'La Negra Flor' (1956), honoré du Fiorino d'Oro en 1959.

Le même Gordon Plough a poursuivi sur la trajectoire choisie. Il a obtenu 'Study in Black' (1967) qui a pour pedigree (Duke of Burgundy x Edenite) X Congo Song dans lequel 'Congo Song' (Christensen, 1961) est un autre descendant de 'Sable Night'. 'Study in Black' est considéré comme un grand progrès dans la recherche du noir par les rouges. Il a eu quelques descendants, dans des couleurs très diverses, dont au moins deux variétés foncées : 'Black Jazz' (Heiman, 1979) originaire d'Allemagne, et surtout 'Interpol' (Plough, 1972), décrit comme « noir venant du côté pourpre », dans lequel on voit nettement cette influence rougeâtre.

Par une autre voie, mais toujours en utilisant 'Sable Night' comme point de départ, Duane Meek a obtenu 'Cherry Smoke' (1977), rouge sombre et violacé comme son nom le laisse penser. Duane Meek a senti le potentiel de cette variété pour l'obtention d'iris violacé réchauffés de tons de rouge. Il a enregistré toute une série de fleurs sombres dont la description va de « rouge violacé » à « violet rougeâtre ». Parmi ceux-ci 'Harlem Hussy' (1982), remarquable obtention tirant vers le noir, mais un noir sous-tendu de rouge. Le filon a été exploité non seulement par Duane Meek, mais aussi par quelques autres comme Larry Johnson ou Darlene Pinegar : 'Dark Passage' (Pinegar, 1997), 'Mallory Kay' (Johnson, 1998).

'Superstition' (Schreiner, 1977) est un noir un peu rougeâtre ultra célèbre et souvent utilisé pour des croisements où dominent les variétés noir-rouge comme 'Back in Black (Schreiner, 1986), 'Before the Storm' (Innerst, 1988), 'Kekionga' (Miller, 1984), 'Mandy G.' (Beer, 1991), 'Son of Dracula' (Hedgecock, 1990) et son frère de semis 'Navajo Night' (Hedgecock, 1997),sans oublier 'Night Flame' (Aitken, 1992), l'un des plus réussis de toute cette famille.

Cette revue de variétés noires par les rouges se terminera par 'Black Magic Wooman' (Tasco, 2008) qui provient d'une autre origine et dont le pedigree est Night Game X Romantic Evening, 'Night Game' (Keppel, 1995) (Witches' Sabbath X Gallant Rogue) étant décrit comme couleur aubergine, ce qui sous entend un noir imprégné de rouge. Le pourpre amarante est aussi présent chez 'Romantic Evening' (Ghio, 1994), l'autre parent, un classique de l'hybridation actuelle, qui a une foule de descendants.

Depuis les avancées de Gordon Plough dans les années 1950/60, les iris noirs, qu'ils soient obtenus via les violets ou via les brun-rouge, ont fait des progrès gigantesques. Mais les deux branches continuent d'exister certains préférant le noirs absolu délicieusement velouté, d'autre préférant le noir chaud où l'on perçoit une origine rouge. Pour ma part, je ne suis pas loin de me ranger dans la deuxième partie ; j'aime 'Mandy G' et 'Before the Storm' et j'ai toujours une tendresse pour l'ancien 'Study in Black', qui fut longtemps mon noir préféré.

Illustrations : 



 'Edenite' 


'Study in Black' 


'Harlem Hussy' 


'Night Flame' 


'Black Magic Woman'

30.12.16

PORTRAITS

N'est-ce pas la meilleure manière de rendre hommage à tous ceux qui, depuis cent cinquante ans maintenant, font des iris hybrides ce qu'ils sont aujourd'hui, que de publier quelques photos de leurs œuvres ? Irisenligne finit aujourd'hui de dresser un bref portrait de nombreux hybrideurs de tous pays et d'offrir à ses lecteurs les plus belles images de leurs iris. 

XXX – Tom Craig 

 Quand on parle de Tom Craig, on doit aussi évoquer tout le reste de la famille Craig. Tous ont largement contribué à l'évolution de l'iridophilie. Ils ont travaillé avec toutes les catégories d'iris et le nombre de variétés qu'ils ont enregistré est impressionnant. Citons donc aussi Frances Craig, la mère, et ses autres enfants Patricia, Tim, Ken et Ivan.Retenir seulement quatre de leurs obtentions est un choix difficile.


'Almond Blossom' (1953) 


'Bang' (1955) 


'Patricia Craig' (1962) 


'Tabasco' (1951)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Debbie Reynolds 

 L'actrice américaine Debbie Reynolds est décédée cette semaine. Elle faisait partie de ces artistes à qui un iris a été dédié. Voici une photo de cette fleur à la gloire de celle qui fut l'héroïne de « Chantons sous la pluie ».


- 'Debbie Reynolds' (Oscar Schick, 1995)

ENTRE DEUX GUERRES (1919/1938)

La période dite « de l'entre deux guerres » fut fondamentale pour le monde des iris. La conversation ci-dessous explique pourquoi.

Q. - En quoi les années qui se situent entre les deux conflits mondiaux ont-elles été importantes pour le monde des iris ?

R. - Dans le monde en général ce ne fut pas la meilleure des périodes. A peine une guerre terrible s'était-elle terminée que l'on s'est engagé vers un autre conflit encore plus meurtrier, et que des soubresauts économiques et sociaux énormes sont apparus de toutes parts. Mais à côté de cela notre petit monde des iris, lui, a connu l'une de ses périodes les plus fastueuses. Lorsque s'est achevée la première guerre mondiale, l'iridophilie était encore une science balbutiante, lorsque s'est déclenchée la seconde, elle avait atteint un niveau considérable, et les développements qui sont intervenus plus tard, après la fin du conflit, n'ont jamais été aussi rapides.

Q. - Que s'est-il donc passé qui ait ainsi provoqué une révolution ?

R. - Ce n'est pas une révolution qui a eu lieu, mais plusieurs, à côté desquelles d'autres événements majeurs, d'autres découvertes, ont transformé les fleurs d'iris et leur ont donné la plupart des traits qu'elles ont encore.

Q. - Puisque révolutions il y a eu, en quoi ont-elles consisté ?

R. - Commençons par la première. On l'appelle la révolution tétraploïde. Lorsqu'on a commencé à hybrider des iris – c'était au milieu du XIXe siècle – on n'en connaissait qu'une sorte, les grands iris présents dans tous les jardins qu'on appelait les Iris x germanica. Au tout début du XXe siècle l'hybridation des iris connut un engouement particulier mais très vite on s'aperçut que, si les obtentions étaient magnifiques, les améliorations marquaient le pas et les horticulteurs se sont accordés pour considérer qu'un seuil était atteint et qu'on n'arriverait plus à améliorer ni les formes ni les couleurs. L'hybridation menaçait ainsi de s'éteindre. Mais des botanistes voyageurs, parcourant le Moyen-Orient, ont rapporté d'autres iris, assez semblables aux anciens, mais plus grands, plus spectaculaires. Certains hybrideurs de l'époque ont eu l'idée de les croiser avec les iris autochtones, dans le but de relancer leur activité. Les iris d'Asie Mineure en effet avaient un défaut : ils étaient uniformément d'un bleu violacé et il aurait été intéressant de leur faire prendre les couleurs superbes et variées des anciens iris. C'était au tout début du XXe siècle. L'opération ne fut ni simple ni facile, mais le miracle finit par se produire et à force de persévérance les qualités des uns et des autres se trouvèrent réunies. Ce que l'on ne savait pas au début des années 1920 c'est qu'il y avait une incompatibilité biologique entre les deux espèces d'iris et que ce n'est qu'un accident génétique qui pouvait les faire s'accorder. Ce sont les travaux du Français Marc Simonnet, dix ans plus tard, sur le décompte des chromosomes qui ont fait comprendre le phénomène : les iris européens (les « anciens ») disposaient de deux paires de chromosomes, les « nouveaux » en avaient quatre. Pour que leur union puisse être féconde il faut qu'une anomalie se produise au moment de la réduction du nombre de chromosomes et que les nouvelles cellules en possèdent à leur tour quatre paires au lieu des trois – stériles – qui résultent normalement du croisement. Ces accidents se sont produit de temps en temps et c'est ce qui a donné naissance aux grands iris modernes que l'ont dit « tétraploïdes ».

Q. - Mais en dehors de la taille, quel avantage a-t-on retiré de cette « révolution » ?

R. - Voici ce qu'a écrit à ce sujet l'obtenteur américain Ben Hager : « En augmentant de deux à quatre le nombre de paires de chromosomes dans une cellule, on porte à plusieurs millions le nombre de combinaisons possibles de gènes. (…) et l'on multiplie encore, de façon inimaginable, les possibilités de combinaison de couleurs et de motifs. »

Q. - Et quelles ont été les autres révolutions ? 

R. La suivante a été la révolution rose. C'est une conséquence de la précédente. Alors que les hybrideurs essayaient vainement depuis des années d'obtenir des iris rose pur à partir d'iris rose orchidée ou rougeâtres, brusquement le rose est apparu en plusieurs endroits et au même moment ! A ce sujet Ben Hager écrit ceci : « Il existait une bonne raison à l'apparition soudaine d'iris roses. Le rose est une couleur récessive. En d'autres termes, les quatre chromosomes de l'hybride tétraploïde (…) doivent tous porter le gène responsable de la couleur rose pour que puissent être produits des plantes à fleurs roses. » Cette addition a été – c'est normal - longue à obtenir, et n'a été vraiment intéressante qu' à la fin des années 1920, mais à partir de ce moment les iris roses se sont multipliés à l'envi.

Q. - Et ensuite ? 

R. - Au cours de ces vingts années sont apparues d'autres améliorations, plus ou moins conséquences de la tétraploïdie. A commencer par l'apparition d'ondulations sur les pétales. Ce phénomène est lié à un nom de variété : 'Snow Flurry'. Tous ceux qui s'intéressent aux iris connaissent, au moins de nom, celui qui s'appelle 'Snow Flurry'. C'est Clara Rees, une dame californienne, qui a croisé 'Purissima', un tétraploïde blanc, avec le rose (et français) 'Thais', et a obtenu seulement deux graines. Il n’y a qu’une de ces deux graines qui a germé, mais le produit a dépassé toutes les espérances : un iris blanc, tétraploïde, impeccablement coiffé, mais surtout joliment ondulé. On était en 1939. 'Snow Flurry' est à l’origine d’une foule de descendants, dans un grand nombre de coloris, et on peut dire qu'à partir de cet iris rien n'a plus été comme avant.

Q. - Et il y a eu encore d'autres modifications ? 

R. - Bien sûr ! Par exemple les bords dentelés des pièces florales. C'était une « anomalie » constatée dès le début des années 1930 parmi les semis des frères Sass, dans le Nebraska. Mais cela ne fut exploité comme une fantaisie décorative qu'un peu plus tard car les amateurs qui rendaient visite à leur pépinière trouvaient cela joli et ils finirent par se décider à enregistrer deux variétés frisées, 'Midwest Gem', en 1937, puis, en 1939, 'Matula'. Depuis cet ornement est devenu fort courant.

Q. - Ça continue ? 

R. - On peut encore parler de l'apparition de la couleur jaune pure. Ce n’est qu’en 1926 qu’un jaune tétraploïde valable est apparu. Il s’agit de 'W. R. Dykes', du nom de célèbre obtenteur et exégète des iris. Cependant il faut remercier le grand obtenteur Sydney Mitchell, toujours dans les années 1930, parce qu'il a tenté d’améliorer la pureté de cette couleur et alliant une variété d’un ton de bronze et une variété blanche ou vice-versa. Il a essayé et après une grande quantité de semis plus ou moins intéressants il a obtenu ce qu’il cherchait : du jaune vraiment jaune. C’est le cas de 'California Gold' (1933) et de 'Happy Days' (38), ce dernier étant considéré comme l’aboutissement de la recherche entreprise. A partir de là, la ligne jaune était tracée. Ainsi les vingt ans qui ont séparé les deux guerres mondiales ont-ils été primordiaux dans le monde des iris. Ce qui nous paraît aujourd'hui comme parfaitement banal est en général un caractère apparu pendant cette période dont on peut dire qu'elle est la plus riche que nous ayons connu depuis le début de l'hybridation des iris.

Iconographie : 


'Purissima' 


'Thaïs' 


'Midwest Gem' 


'California Gold'

22.12.16

UN PEU D'AVANCE

Un peu d'avance cette semaine.

Pour ne pas être pris dans les embouteillages !!

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Le plus grand du monde 

Avec une collection de plus de 10,000 touffes d'iris , 6 espèces et 3000 variétés d'iris hybrides enregistrés, les «  Presby Memorial Iris Gardens » sont le plus grand jardin public d'iris du monde. Cette incomparable collection est visitée chaque année par plus de 10,000 personnes. Tout amateur en visite aux Etats-Unis – côte Est – aux alentours de la fin de mai -  se doit de s'y rendre. C'est à quelques kilomètres de New-York, dans le New-Jersey, dans la petite ville de Montclair.

PORTRAITS

N'est-ce pas la meilleure manière de rendre hommage à tous ceux qui, depuis cent cinquante ans maintenant, font des iris hybrides ce qu'ils sont aujourd'hui, que de publier quelques photos de leurs œuvres ? Irisenligne  dresse, encore pour deux semaines un bref portrait de nombreux hybrideurs de tous pays et offre à ses lecteurs les plus belles images de leurs iris. 

 XXIX – Agnes Whiting 

C'est une grande dame des iris, de la même génération que Grace Sturtevant, et tout aussi talentueuse. Son 'Blue Rhythm' (1945) a obtenu la Médaille de Dykes en 1950. Ses 'Cloth of Gold', 'Garden Glory', 'Golden Spike', 'Gold Sovereign', 'Lilac Lane', 'Maytime', 'Rocket', 'Priscilla' et 'Three Oaks' ont tous obtenu un Award of Merit. Plusieurs de ses obtentions ont été largement utilisées en hybridation et ont de cette façon contribué largement à l'évolution des iris. A ce titre elle doit être classée parmi les fondateurs de l'hybridation moderne.


'Arab Chief' (1942) 


'Blue Zenith' (1941) 


'Maytime' (1947) 


'Pathfinder' (1948)

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Anciens et Modernes 

L'hybrideur canadien Chuck Chapman vient d'entreprendre une campagne pour tenter d'obtenir une modification du réglement concernant l'attribution de la Médaille de Dykes. Il estime en effet que les Régions (au sens où on l'entend à l'AIS) ne sont pas équitablement dotées de juges et que certaines sont surreprésentées alors que d'autres au contraire n'ont qu'une représentation restreinte. Il se trouve que ces Régions “sous-représentées” sont celles dont le climat est plutôt ingrat et où les iris obtenus sous des cieux plus cléments peuvent avoir du mal à pousser. Chapman estime que les variétés du Nord, peu présentes dans les autres secteurs, se trouvent de ce fait en état d'infériorité devant les juges alors que ce sont celles qui sont les plus résistantes et les plus aptes à pousser n'importe où. Il prêche évidemment pour son saint.

Certains de ses contradicteurs font remarquer que la répartition actuelle des juges (qui opèrent, évidemment, à proximité de chez eux) est proportionnelle à la présence des iris dans les jardins et qu'un avantage accordé aux Régions « pauvres » irait à l'encontre de la majorité. D'autres observent que c'est grâce à la répartition actuelle qu'un iris de Sibérie a pu recevoir cette année la Médaille...

Une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes, en quelque sorte...

OÙ SONT LES ROSES D'ANTAN (A la manière de François Villon)

Dites-moi : où en quel pays
Est 'Flora Zenor' la plus saine,
'Chérie', 'Coralie' et 'Thaïs',
Qui furent de la même graine ?
Pour les trouver on se démène
Dans les jardins, chaque printemps
Car leur beauté tient en haleine ?
Mais où sont les roses d'antan ?

Où sont le très sage 'Alexis',
'Beverly Sills', 'Vanity' même
Ou bien le tendre 'Prissy Miss' 
Qui font partie de ceux qu'on aime ?
Où peut se cacher 'Haviland' ?
Le trouver serait une aubaine.
Mais où sont les roses d'antan ?

 Qui se souvient de 'Paris Kiss'
Qui pourtant en valait la peine ?
Où voir le vieil 'Haughty Miss'
Qui tant plut à sa souveraine ?
Aussi rare que 'Roselene'
Que les Angloys aimèrent tant.
Je cours après de mont en plaine.
Mais où sont les roses d'antan ?

Prince, aidez-moi, je suis en peine,
Je les cherche depuis cet an,
Et ce refrain devient rengaine :
Mais où sont les roses d'antan ?

Iconographie : 


'Coralie' (Ayres, 1932) 


'Alexis' (R. Nelson, 1985) 


'Roselene' (Schreiner, 1981) 


'Paris Kiss' (Blyth, 1983)

16.12.16

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Tempo Two for ever. 

 La nouvelle a pris de court le monde des iris : Tempo Two, la fameuse pépinière de l'Australen Barry Blyth va fermer à la fin de la saison 2016/2017. C'est un coup de tonnerre dans l'irisdom car Barry Blyth, c'est soixante ans d'hybridation et de commerce d'iris. Soixante ans d'enchantement, soixante ans de couleurs et de formes. C'est plus de mille enregistrements de toutes classes, essentiellement des grands iris, et de très nombreuses variétés qui resteront inoubliables.

Le nom de Blyth ne va cependant pas disparaître de notre petite sphère du jour au lendemain, car les semis en cours d'évaluation vont partir pour l'Oregon où ils seront hébergés dans la nouvelle propriété de Thomas Johnson, et les meilleurs y seront commercialisés. Et il y en a pour au moins six ans !

Souhaitons une longue et agréable retraite à ce monument de l'hybridation qu'est Barry Blyth.

Iconographie : 


 'About Town' 


'Zillionaire'